Tatouages et cancer du sein

 

mastectomie_tatouage

Se faire tatouer les cicatrices des seins après un cancer

 

 

Il y a quelques mois, je lisais un dossier sur les femmes qui, après les traitements contre un cancer du sein, avaient recours aux tatouages pour masquer les cicatrices et stigmates laissés par la maladie. Cela permettait aussi de valoriser, esthétiquement, cette zone très éprouvée et fortement symbolique pour l’identité féminine.

 

J’avoue qu’à la fin de ma lecture, je restais plutôt perplexe. Voici pourquoi :

 

Le tatouage, une pratique devenue massive

Aujourd’hui, il est estimé que 2 Français sur 10 portent un tatouage. Chez les moins de 35 ans, cette proportion grimpe à 3 personnes sur 10. Cela transcende les âges, les milieux. Tout le monde – ou presque – porte un tatouage. Il y a de la variété dans le domaine. Du tatouage tribal à celui à l’effigie des personnages de dessins animés, manifestement, tout le monde y trouve son compte.

Mais prenons du recul pour tenter de comprendre ce phénomène.

Certains sociologues affirment que le développement des tatouages fait partie de l’émergence des pratiques claniques ; lesquelles apparaissent quand l’État régalien régresse.

Si cette hypothèse est vraie, ça en dit long sur l’état des institutions publiques aujourd’hui…

Toujours est-il que ce phénomène a pris des proportions énormes. Les salons de tatouages et de piercing sont même présents dans de toutes petites villes de province. Ils sont partout.

Pourquoi pas. J’estime que chacun fait ce qu’il veut de son corps, à partir du moment où les choix individuels sont éclairés par des informations fiables. Je suis tout de même dubitative quand je croise une personne qui n’a rien trouvé de mieux à faire, pour se distinguer, que de se tatouer des motifs sur le visage.

C’est curieux. C’est bizarre. Mais là aussi, force est de constater que cette pratique se développe. Et puis, j’y reviens, chacun fait ce qu’il veut.

 

L’avertissement de l’Académie nationale de médecine sur les tatouages

Cela étant, en dépassant l’aspect esthétique qui serait de « faire de son corps une œuvre d’art », le tatouage reste, pour moi et de manière assez basique je le reconnais bien volontiers, une intervention sur la peau.

En 2017, Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) rappelait que certaines encres utilisées pour les tatouages pouvaient être considérées comme des cancérogènes probables, car elles sont composées d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Vous conviendrez avec moi, j’en suis sûre que ce n’est pas terrible.

De plus, certaines des substances et des colorants utilisés dans les encres de tatouage sont interdits pour les cosmétiques qui restent, eux, à la surface de la peau. Là également, la mention « peut mieux faire » s’impose.

En 2014, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a analysé 52 échantillons d’encres utilisées pour les tatouages :

– 3 n’étaient pas stériles,

– 7 étaient dangereux.

Ce qui fait qu’un peu moins de 20 % des encres de tatouage n’auraient pas dû être utilisées. Ce n’est pas un chiffre totalement anodin.

En 2017, un rapport de l’Académie nationale de médecine soulignait que les infections bactériennes faisant suite à un tatouage n’étaient pas rares.

Cette instance préconise une large information dans le grand public et une meilleure règlementation de l’usage des encres. Elle souhaite aussi voir la mise en place d’un carnet des interventions permettant une traçabilité. À mon avis, cette mesure ne peut pas faire de mal.

Par ailleurs, selon une étude allemande citée par l’Académie de médecine, des complications sont observées dans 68 % des cas. Elles ne sont pas toujours graves mais peuvent devenir chroniques (6% des cas). Pour répondre à ces nouvelles problématiques, l’hôpital Bichat a ouvert, en avril 2017, une consultation pour la prise en charge exclusive de ces complications.

 

Se faire tatouer après avoir vaincu cancer (du sein, du poumon, …)

Après les traitements contre le cancer et notamment un cancer du sein, certaines femmes choisissent de se faire tatouer. Cela permet de masquer des cicatrices de la mastectomie totale ou partielle et de se réapproprier son corps. Il y a beaucoup de photos qui circulent sur le net à ce sujet comme vous pourrez le constater si vous faites une recherche en ce sens dans un moteur de recherche.

Bien sûr, personne ne peut être contre cela. Les traitements contre le cancer sont si éprouvants, ils laissent tellement de traces, que valoriser ce qui a été marqué ne peut être que louable. J’imagine, également, que cela permet de tourner la page des traitements.

 

Ce qui m’interroge c’est la massification du phénomène. Toutes les femmes qui souhaitent être tatouées après un cancer ont-elles les bonnes informations pour le faire avec le moins de risques possible ?

Je n’en ai pas l’impression. Mais peut-être que je me trompe.

 

Pour autant certains parcours sont très émouvants. Voici le parcours et le témoignage de Delphine qui a choisi de se faire tatouer à l’endroit de la mastectomie. C’est un reportage de la Maison des Maternelles :

 

Et vous, chers lecteurs, que pensez-vous de ces pratiques de tatouage après avoir vaincu un cancer ?


Crédits photo sur « tatouage après un cancer » : © Hugo Félix – Fotolia.com

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3 Commentaires

  1. Nathalie

    Je ne vois pas en quoi un tatouage peut effacer et/ou faire oublier les cicatrices et autres traitements éprouvants du cancer du sein,puisque encore plus visible que les cicatrices. De plus, c’est ajouter encore des produits chimiques dans le corps, après les chimios, merci du cadeau !… mais chacune et chacun fait comme il peut pour se sentir mieux. Bon courage à toutes et à tous.

  2. Christiane

    Esthétiquement, je trouve la démarche positive pour le mental. Médicalement, je suis contre en regard du manque de sécurité des encres

  3. Yves

    Le tatouage d’une manière générale est une occupation d’enfant gâté frustré qui manifeste son besoin de reconnaissance.
    Quand j’avais 16 ans, je me suis laissé bruler une cigarette sur le bras pour vérifier que la fille que je courtisais était bien la bonne (et je suis toujours marié avec). Mais ce genre de pratique est du domaine de l’adolescence, et la vraie maladie devrait remettre les pendules à l’heure
    Il me semble qu’il y a d’autres moyens de se faire remarquer, par exemple en intervenant auprès des malades pour assister les permanents, ou simplement en témoignant directement et SIMPLEMENT sans faire de cachotteries ni de chuchottements sur la gravité de la maladie.
    Lorsque je retrouve des amis cyclistes et que je leur dis que s’ils ne m’ont pas vu depui 18 mois c’est que j’ai passé par la case chimio en leur racontant comment ça se passe vraiment, ils m’écoutent et assez généralement me disent « n’hésite pas à dire si ça va trop vite ». Et puis c’est tout; mais l’important c’est qu’ils voient qu’on ne meurt pas necessairement à tous les coups.

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