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Examen du cancer et pose de diagnostic

 

 

Le cancer est une maladie qui touche de plus en plus de monde et tout le monde.

Pour moi, ce n’est pas la « reine » ou « l’empereur » des maladies, comme je l’entends parfois. Des maladies graves, il y en a plein. Le cancer en fait partie. Et à mon sens, ça n’a pas beaucoup d’intérêt de comparer la gravité des maladies entre elles. La souffrance est la souffrance, quelle que soit son origine.

Toujours est-il que dans le cadre de la pose de diagnostic du cancer, il y a un certain nombre d’étapes à franchir comme nous allons le voir dans les lignes qui vont suivre.

 

Comment savoir que l’on a un cancer ? L’importance du dialogue avec son médecin

Selon le Journal of General Internal Medecine en juillet 2018, le temps de parole moyen accordé par les médecins quand les patients exposent leurs symptômes est de 11 secondes. Ce temps a été évalué en analysant 112 consultations.

Autrement dit, 11 secondes, ce n’est rien du tout. Surtout quand les patients vont exposer leurs symptômes avec leurs « mots à eux », langage qui ne fait pas partie du domaine médical.

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« Savoir » bien dialoguer avec son médecin

Dans ce contexte, il est essentiel pour le patient qui sent que « quelque chose ne va pas » ou « qu’il ressent un truc pas normal », de se préparer à exposer les choses posément à son médecin.

 

À titre d’exemple, pour moi, il est très important de lister par écrit vos symptômes, ce que vous ressentez avant d’aller chez le médecin. Si vous le pouvez, pensez à préciser quand les symptômes apparaissent (matin, après les repas, etc.) et avec quelle intensité (sur une échelle de 1 à 10 à combien évaluez-vous la douleur par exemple).

Les symptômes du cancer sont « anodins » durant toute une partie du développement de la maladie : les maux de ventre, la fatigue, un essoufflement persistant, peuvent avoir plein de causes différentes… Il faut donc essayer d’être le plus précis possible dans l’échange que vous aurez avec votre médecin.

 

Les clés d’une consultation avec votre médecin pour être entendu

Au moment de la consultation, prévenez votre médecin du contexte. À titre d’exemple, mieux vaut éviter de dire un vague :

Docteur, j’ai mal au ventre et je ne me sens pas bien.

Pour dire plutôt en introduction :

Docteur, cela fait environ 15 jours que j’ai des désordres digestifs aléatoires, mais importants.

J’ai donc noté les manifestations que j’ai constatées. Ainsi, j’ai des alternances de diarrhées et de constipations sans explication et j’ai maigri sans explication non plus. Par ailleurs, je suis en permanence fatigué sans raison alors que je n’ai pas changé mes habitudes de vie.

 

Si votre médecin vous interrompt, laissez-le parler sans l’interrompre, mais revenez gentiment à votre exposé en lui précisant :

Docteur, je n’ai pas fini. Je vais reprendre mes constatations pour que vous puissiez avoir des éclairages précis sur cette situation qui me préoccupe.

 

Savoir donner tous les éclairages nécessaires à une bonne compréhension

Précisez également :

– vos antécédents familiaux (nombreux cancers dans votre famille par exemple),

– ou personnels médicaux, chirurgicaux ou habitudes de vie comme le tabagisme actif ou passif (passé ou actuel),

– expositions à des produits toxiques dans votre vie professionnelle  – typiquement les pesticides – ou personnelle comme la présence de radon ou d’une usine dans le secteur de votre domicile….

Toutes les causes du cancer qui peuvent vous concerner doivent être connues et rappelées à votre médecin.

 

Cancer : l’examen clinique est la base des investigations

Sur la base des éléments que vous exposerez, votre médecin pourra se faire une idée un peu plus précise de ce qu’il faut chercher.

Il procédera à un examen clinique qui est un préalable au diagnostic du cancer.

L’examen clinique est une auscultation.

 

Les bases de l’examen clinique

L’examen clinique comprend le poids, la taille et l’index de masse corporelle qui devra déterminer si une asthénie (fatigue), anorexie (difficulté à s’alimenter), amaigrissement sont observables. Ces éléments donnent des indices à l’altération de l’état général.

L’examen clinique comprend également l’observation du cœur, des poumons et de l’abdomen. Une palpation des aires ganglionnaires, du foie, voire d’un toucher rectal (recherche d’une carcinose péritonéale ou palpation de la prostate).

Il prend également en compte la tension artérielle, le pouls, la saturation en oxygène et la température.

Votre médecin observera aussi la zone concernée par les symptômes et signes que vous avez décrits : examen ORL, aires ganglionnaires, sein, palpation de la rate.

En fonction des signes et symptômes observés, votre médecin pourra demander des examens supplémentaires nécessaires au diagnostic du cancer et vous orienter vers un confrère.

 

Mon expérience personnelle : ne pas lâcher quand ça ne va pas

Voici pourquoi je pense que le « dialogue » avec votre médecin est essentiel : il peut vous sauver la vie.

Pour faire simple, je vais vous conter un épisode des multiples « péripéties » de mon parcours avant que je sache que j’étais malade du cancer :

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La consultation chez le médecin

Avant que le diagnostic du cancer ne soit établi, j’avais une pesanteur au ventre.

Parfois une douleur extrêmement vive, mais c’était rare et très aléatoire.

J’avais une envie plus fréquente d’uriner, une anémie lancinante et une très grande fatigue.

Il se trouve qu’à ce moment-là de ma vie, je travaillais beaucoup : le jour au bureau, le soir et le week-end, je préparais l’ENA. Bien sûr, j’étais stressée. On ne se lance pas un tel objectif sans se mettre la pression. Il y a tellement de choses plus agréables dans la vie que potasser le droit administratif et les finances publiques.

Je suis allée voir mon médecin traitant pour lui dire que j’avais une gêne au ventre, une sorte de lourdeur et que j’étais très fatiguée, même le matin.

Et que me disait mon médecin traitant quand je lui disais que ce que je ressentais n’était pas normal ?

C’est le stress, Mme Lorniac, et ça ne va pas s’arranger avec votre concours.

 

Il avait à moitié raison : ça n’allait pas s’arranger. Et totalement tort : ça n’avait rien à voir avec la préparation de l’ENA.

 

Au moins à la troisième consultation (voire à la quatrième), j’ai dû insister de manière outrancière – en laissant ma « bonne éducation » au vestiaire – pour lui dire que là non, ça n’allait pas du tout et ce n’était PAS NORMAL. J’avais mal au ventre, que c’était bizarre, car je n’avais jamais de douleurs au ventre. Pour tenir dans la journée, j’avais tellement mal que je me préparerais des bouillottes que je plaçais sur mon ventre au bureau… Donc, non, il y avait quelque chose d’ANORMAL.

 

Il a fini par lever les yeux au ciel et me prescrire, grand prince, une échographie abdominale.

Qui a été suivie par une échographie pelvienne, puis un scanner (alors qu’il aurait fallu une IRM).

Mon médecin était totalement à côté de la plaque. Il estimait sans doute, que j’étais trop jeune (j’avais 28 ans) pour être gravement malade. Il a raisonné en « masse », alors que moi, je ne suis qu’un cas particulier.

Mais heureusement que j’avais fait tous les examens quand j’ai débarqué aux urgences. Avec eux et devant mon « état », je suis allée directement au bloc opératoire et ça m’a sauvé la vie. Une hémorragie interne (la tumeur avait éclaté), ça ne pardonne pas. Les urgences et mon chirurgien ont, eux, extrêmement bien réagi.

Conclusion : faites confiance à ce que vous ressentez. Quand ça ne va pas, ça ne va pas.

 

Le dosage des marqueurs tumoraux dans le diagnostic du cancer

Les dosages tumoraux font partie des analyses sanguines du cancer.

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Diagnostic du cancer et marqueurs

Les marqueurs tumoraux sont des indicateurs du cancer plus ou moins fiables. Il y a deux cas de figures.

Soit les marqueurs tumoraux sont fabriqués par les cellules tumorales elles-mêmes. C’est le cas de l’alphafoetoprotéine dans le suivi des tumeurs vitellines du cancer des testicules ou des ovaires (« mon » cancer) par exemple.

Soit, les marqueurs tumoraux sont une réaction des cellules saines lors de la présence de cellules cancéreuses. C’est le cas du PSA, qui est un indicateur (souvent contesté) de suivi du cancer de la prostate.

 

 

Le dosage des marqueurs tumoraux sert à dépister un cancer, évaluer son niveau de développement. Les marqueurs tumoraux permettent aussi de vérifier l’efficacité des traitements contre le cancer.

 

S’ils sont une aide au diagnostic, leur fiabilité doit être relativisée. En effet, d’autres facteurs que le cancer peuvent provoquer une évolution des dosages. Plus concrètement : un cancer peut être assez développé sans que cela soit flagrant dans le dosage des marqueurs et inversement.

Il faut donc coupler leur dosage avec des actes d’imagerie.

 

Dépistage et suivi du cancer : l’importance des actes d’imagerie

Pour dépister le cancer, il y a plusieurs examens qui permettent de localiser une masse. En revanche, seule la biopsie dira si cette masse est cancéreuse. Concrètement, les examens pour diagnostiquer un cancer sont la radiographie dite conventionnelle, le scanner, l’IRM, l’échographie, la scintigraphie, le PET-scan, l’endoscopie.

Avant de passer un examen médical, mieux vaut laisser chez vous vos montres, bagues, bijoux et autres objets métalliques.

Il faut toujours signaler à votre équipe soignante si vous pensez être enceinte.

 

Dépistage du cancer et radiographie

L’ordonnance de radiographie doit préciser la région à explorer. Cette technologie utilise des rayons X.

L’examen dure environ 10 minutes et n’est pas douloureux.

Si pour vous la station debout est difficile, il faut aussi le signaler pour que la prescription précise « assis » « couché ». De même, si vous êtes déficient visuel, si vous avez des troubles auditifs, il faut aussi le signaler, car vous serez amené à changer de position lors de l’examen. Il faut donc que vous soyez en capacité de le faire de manière autonome ou que l’on vous accompagne et aide pour pouvoir le faire.

Comme beaucoup d’examens médicaux, une absence d’anomalie lors de l’examen n’élimine pas forcément le diagnostic du cancer. À titre d’exemple, une radiographie du thorax « normale », ne veut pas forcément dire qu’il n’y a pas de cancer du poumon.

C’est pour cela qu’il faut coupler les résultats des différents examens passés.

 

Comment se déroule un scanner ?

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scanner et cancer

Tout comme la radiographie, le scanner utilise des rayons X.
Si vous êtes enceinte ou si vous avez une hypersensibilité à l’iode (aux coquillages par exemple), il faut absolument en informer votre équipe soignante.

Avant de passer un scanner avec produit de contraste (donc injection), il faudra avoir votre dosage de créatinine. Pensez à faire votre prise de sang les jours avant le scanner.

 

La durée d’un scanner est de moins de 15 minutes.

Le patient est allongé et va passer dans un anneau. C’est la table sur laquelle le patient est allongé qui bouge. Le scanner prend différents clichés qui sont reconstitués sur écran.

 

Après le scanner, une infirmière m’avait conseillé de boire un litre d’eau plate et un litre d’eau gazeuse pour bien éliminer le produit de contraste, ce que je fais systématiquement.

 

L’imagerie par résonnance magnétique (IRM)

Avant toute chose, on dit UNE IRM. Là fois où j’ai prononcé naïvement « un IRM », le jeune interne d’oncologie a poussé un soupir dans lequel pointait un certain désespoir pour me rappeler ma grammaire :

On dit UNE IRM, Mme Lorniac. UNE.

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Cancer et IRM

 

OK, ok, comme je ne suis pas contrariante, maintenant je dis « une ».

Cet examen utilise les ondes électromagnétiques, à l’aide d’aimants, pour reconstituer les images. Il dure environ 15 minutes.

 

Pour passer cet examen, le patient est placé sur une table qui va se déplacer dans un tube. Les bruits sont forts (bourdonnement, coups). Certains services proposent un casque pour écouter de la musique pendant l’examen.

Dommage qu’on ne puisse pas avoir un masque pour visionner une bonne série type Games of Throne ou House of cards. Cela ferait passer l’appréhension d’être dans ce tunnel étroit.

 

Durant toute la durée de l’examen, le patient peut communiquer avec l’équipe de radiologie.

 

L’échographie et la visualisation des organes

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L’échographie

 

 

Cet examen nécessite peu de préparation. En fonction des régions à explorer, il faut parfois être à jeun. C’est le cas, par exemple, des échographies vésicales.

Pour sa réalisation, l’échographie utilise une sonde avec émission d’ultrasons. Pour faire en sorte de faciliter leurs passages, un gel (froid) est placé sur la peau.

L’échographie utilise les ultrasons. Il est indolore.

 

La scintigraphie

Pour cet examen, l’injection d’un produit radioactif dans une veine est nécessaire. Cette injection provoque, parfois, une sensation de chaleur. Le délai de propagation du produit est très variable en fonction de l’organe à observer. Il peut aller de quelques minutes à plusieurs heures.

Durant l’examen, le patient est allongé sur une table d’examen, une gamma-caméra capte les rayonnements émis en se déplaçant autour de lui.

Les images sont retraitées par informatique.

Pour avoir des détails sur cet examen du cancer, vous pouvez consulter mon article : qu’est-ce que la scintigraphie osseuse ?

 

Le PET-scan qui observe le fonctionnement des organes

Le PET-scan est aussi appelé tomographie par émission de positions.

Tout comme pour la scintigraphie, le PET-scan examen nécessite l’injection d’un traceur radioactif. Pour celui-ci, une molécule de glucose est intégrée au traceur. C’est la 18-FDG ou 18-fluorodésoxyglucose. Cette molécule va se fixer sur les organes qui consomment beaucoup de sucre, ce que font les tissus cancéreux, mais aussi le cœur et le cerveau.

 

Les rayonnements du produit radioactif sont captés par une caméra dite TEP.

Durant le PET-scan, le patient est installé sur une table, qui va passer dans un anneau équivalent à celui du scanner.

 

La biopsie et l’examen d’anatomopathologie :

La biopsie est l’examen phare dans le diagnostic du cancer et la détermination du traitement.

En effet, cet examen va permettre de prélever une partie de la masse suspecte, de l’analyser au microscope par un anatomopathologiste.

Cette analyse va d’abord dire s’il s’agit d’un cancer et de quel cancer exactement.

En fonction de l’emplacement du nodule, il peut y avoir plusieurs types de prélèvements.

La biopsie par endoscopie qui est classiquement la coloscopie ou la fibroscopie. La macro-biopsie mammaire sous stéréotaxie sert à prélever des tissus dans le sein. Il y a également la biopsie cutanée pour les tumeurs de la peau. Par ailleurs, la biopsie peut également se réaliser par voie chirurgicale.

Avant d’exposer comment mesurer l’état d’avancement du cancer, voici une vidéo explicative sur la biopsie :

 

Mesurer l’état d’avancement du cancer

L’ensemble de ces examens sert à savoir si la personne malade a un cancer ou pas.

En cas de diagnostic du cancer, ils vont permettre de déterminer la nature exacte de la tumeur (sarcome, carcinome, etc.). Ils vont également permettre de déterminer l’agressivité de la tumeur et son niveau d’évolution du cancer.

Ces deux derniers éléments se nomment : le grade du cancer et son stade.

En cancérologie, il existe trois grades qui mesurent l’agressivité de la tumeur (son développement est-il rapide ou pas).

Il existe quatre stades qui évaluent l’état de propagation du cancer. Le stade permet de répondre aux questions suivantes : Le cancer est-il de petite taille ? Bien localisé ? Les ganglions sont-ils atteints ? Y-a-t-il des métastases ?

Il existe des classifications en fonction de l’organe atteint, pour le cancer de la prostate c’est le score de Gleason, pour le cancer du sein c’est le Scarff bloom Richardson.

 

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