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Naturopathie et cancer

Il y a quelques semaines, j’ai été contactée par une lectrice du site, qui me demandait pourquoi je ne parlais pas des méthodes alternatives pour soigner le cancer.

« Quand il s’agit de vie ou de mort, je pense que les patients ont droit à l’information ».

Disait-elle.

Elle venait d’assister à une conférence d’un journaliste naturopathe et était très enthousiaste sur ce qu’elle avait entendu.

Comme j’aime bien savoir de quoi on me parle, je me suis renseignée un peu sur ce naturopathe et ses théories.

 

Les traitements alternatifs pour la guérison du cancer

Ce Monsieur M. a un site internet où il expose ses convictions, notamment sur le cancer et les moyens de le guérir.

Sur sa présentation, il se dit :

  • Pour les médecines naturelles,
  • Pour l’alimentation biologique,
  • Pour la défense de la condition animale,
  • Pour la sauvegarde de la planète.

Une bonne personne en quelque sorte. Mais en lisant ce genre d’affirmations, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il doit être :

  • Contre le chômage,
  • Contre la faim dans le monde,
  • Contre la guerre et les tortures,

Mais ça doit être mon mauvais esprit qui parle.

 

Les traitements naturels anti-cancer

Sur ce site, il y a une rubrique « spéciale cancer » où il est indiqué que des milliers de personnes guérissent du cancer tous les ans, « illégalement », autrement dit, par des traitements alternatifs.

Et que ces remèdes sont incompatibles avec la chimiothérapie.

Sur quoi est fondée cette cure anti-cancer ?

  • Sur la prise de jus de légumes et de fruits frais,
  • Sur des lavements de café plusieurs fois dans la journée,
  • Sur des suppléments alimentaires « puissants ».

Ce Monsieur M. a écrit plusieurs livres.

Je me rends donc dans une boutique tendance « bien-être » à côté de chez moi. Pas besoin d’avoir un plan pour la trouver, on est guidé par la forte odeur d’encens qui s’en dégage et qui envahit la rue … il paraît que ça purifie les âmes. Moi j’aurais tendance à penser que ça provoque des allergies respiratoires.

Mais ça doit être mon mauvais esprit qui parle.

Bref.

 

La découverte des livres de naturopathie sur le cancer

J’entre et parle au patron de ce Monsieur M. et là, premier miracle : le regard éteint du patron s’illumine, son discours s’accélère :

  • Monsieur M. n’est pas journaliste (non, Madame !) mais un naturopathe reconnu,
  • Il se bat contre l’épouvantable industrie pharmaceutique,
  • Il œuvre de toutes ses forces pour le droit à l’information des malades.

OK… une bonne personne en quelque sorte.

Je prends donc un des livres de Monsieur M. et j’apprends :

  • Que le traitement du cancer par chimiothérapie est très toxique (… bah oui… son principe est de tuer de redoutables cellules cancéreuses… alors forcément, il est toxique),
  • Qu’elle mettrait dans un état lamentable n’importe qu’elle personne en bonne santé (c’est bien pour cela qu’elle n’est donnée qu’aux personnes qui en ont a priori vraiment besoin…),
  • Que le cancer du sein aurait pour cause une frustration affective…

Et là, livre à la main, je suis franchement mal à l’aise.

 

La naturopathie ou la reconversion de certains gourous

C’est l’impression que cela donne : je lis les affirmations d’un gourou des temps modernes.

Pourquoi ?

Essentiellement, pour les trois raisons suivantes :

1.- Parce que la médecine allopathique, la chimiothérapie, la radiothérapie et tous les traitements classiques du cancer sauvent des vies

C’est la chimiothérapie, couplée à des opérations, qui m’a sauvé la vie. Si la médecine moderne et des médecins compétents n’avaient pas été là, je ne le serais pas non plus.

Ce sont aussi des découvertes scientifiques qui augmentent les taux de guérison. Dans mon cas, c’est la découverte de l’action des sels de platine dans les traitements qui a complétement bouleversé les pronostics des tumeurs germinales. Bouleversé en bien.

Aujourd’hui, la médecine allopathique guérit 90 % des cancers du testicule . S’il existe, malheureusement, de grands écarts dans les pronostics de guérison entre les différentes tumeurs, je pense pour paraphraser Anne Ancelin :

« Qu’il faut prendre ce que la médecine offre de meilleur »

2.- Parce que les études de ces remèdes miracles ne sont jamais présentées, tout comme les prétendus malades guéris

Dans les livres et sur le site de Monsieur M. il est dit que des milliers de personnes seraient guéries en dehors de la médecine classique.

Mais quelles sont les preuves ?

Les éléments factuels ?

Les études scientifiques ?

On ne les voit jamais et dans ce domaine le simple « déclaratif » est très insuffisant.

Si ces malades existent, ils auraient pu se rassembler en association pour porter la bonne parole auprès de tous les autres personnes atteintes d’un cancer. Et je n’en ai jamais entendu parler.

Alors, oui il est vrai d’affirmer que les firmes pharmaceutiques ont beaucoup de pouvoir (d’ailleurs, si vous recherchez de très bons livres sur ce sujet, je vous conseille ceux de Martin WINCKLER qui en parle souvent). Mais c’est aux décideurs publics (et donc aux élus) de faire en sorte que cette influence soit équilibrée.

Pour les malades, la recherche publique et privée (donc celle des firmes pharmaceutiques) représente l’espoir d’augmenter les chances de guérison.

3.- Parce qu’isoler une personne malade ressemble fortement à une dérive sectaire

Dire à une personne malade d’un cancer d’arrêter la chimiothérapie, c’est l’isoler de l’accès aux soins. Or, nous avons la chance en France de pouvoir accéder à ces traitements quasiment gratuitement. Arrêter la chimiothérapie, c’est dire « au revoir » à ses médecins et aux chances de guérisons reconnues.

Dire que le cancer du sein est lié à une frustration affective, en sachant que :

  • Les tumeurs mammaires sont souvent découvertes après 40 ans,
  • Qu’à cette période de la vie, les femmes sont souvent en couple de longue date (ou l’ont été),
  • Que la vie de couple (de tous les couples) est faite de hauts et de bas,
  • Que le raccourci entre frustration affective et problème de couple est facile à faire,

Cela revient à éloigner la personne malade de ses proches.

Autrement dit, cette affirmation va contribuer à isoler la femme malade d’un cancer du sein en attribuant la cause de cette pathologie à son entourage. Alors qu’au contraire, il faut essayer de ressouder les liens affectifs pour se sentir accompagné dans cette épreuve.

Selon moi, c’est l’amour et la bienveillance des proches qui aident à vivre car on se sent aimé et entouré. Même si ça fait un peu guimauve, à la fin l’amour des siens, c’est tout ce qui reste.

 

Alors, en dehors de l’hôpital, pas de salut pour soigner le cancer ?

Selon moi : non

Mieux vaut même, aller dans un centre de référence contre le cancer pour bénéficier des dernières avancées thérapeutiques.

Après, il est tout à fait possible d’utiliser les bénéfices des médecines complémentaires (et non alternatives) pour diminuer les effets indésirables des traitements contre les tumeurs malignes. Ce serait dommage de ne pas le faire. Mais il faut aller chez des professionnels sérieux et toujours en informer son oncologue. Certains services d’oncologie ont déjà intégré ces spécialités ou orientations dans leurs offres de soins.

Et vous pouvez aussi, lire des livres de médecins qui s’intéressent à ces médecines nouvelles.

 

Contre le cancer, à la découverte d’un nouveau Semmelweis

Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865) est un médecin hongrois qui s’est intéressé aux causes de la fièvre puerpérale.

Il s’est posé une question :

Pourquoi les femmes qui accouchent à l’hôpital sont beaucoup plus touchées que celles qui accouchent à domicile ?

Dans sa pratique médicale, il a observé deux choses :

  • Qu’à l’hôpital ce sont les médecins qui accouchent et à domicile ce sont les sages-femmes,
  • Que les médecins passent directement de l’autopsie à la salle d’accouchement, alors que les sages-femmes se lavent systématiquement les mains avant d’assister les femmes à la naissance.

Le Docteur Semmelweis a eu l’intuition, sans avoir les moyens techniques de le prouver, de l’existence des germes, microbes et bactéries. Il a observé les faits, à chercher les causes et en a tirer une conclusion valable.

Mais ses confrères l’ont conspué, décrié et il a fini par mourir dans un asile d’aliénés. Alors qu’il avait raison.

 

Quel est le rapport entre le Docteur Semmelweis et le cancer ?

Aujourd’hui, il y a des médecins qui essaient d’avoir une vision différente du cancer pour élargir les pistes thérapeutiques.

Attention, ces médecins disent toujours qu’il faut suivre les traitements proposés par les oncologues.

Ils sont souvent oncologues eux-mêmes et proposent des pistes qui semblent intéressantes, comme :

  • Le docteur Dominique BELPOMME, professeur de cancérologie et président de l’European Cancer and Environment Research Institute (ECERI),
  • Le docteur Laurent SCHWART, cancérologue et chercheur à Polytechnique,
  • Le docteur Luc BODIN, médecin généraliste,
  • Les Docteurs BELIVEAU et GINGRAS.

J’ai lu les livres de ces médecins et les ai trouvés intéressants et rigoureux.

Mais je ne suis pas médecin.

Ni scientifique.

Je suis bien incapable de dire si ces oncologues ont raison.

Mais ils m’inspirent plus confiance que les naturopathes et autres gourous pour soigner le cancer.

Pour conclure, voici un débat du Magazine de la Santé sur les médecines complémentaires (et non les soins alternatifs… voici les distinctions sémantiques proposées par le Société Belge du Cancer ici) que je trouve intéressant. Il illustre bien le côté passionnel du sujet, que l’on retrouve aussi dans les commentaires laissés par les lecteurs à la fin de cet article.

Comme vous le verrez dans la vidéo, la position des médecins sur ce sujet la Pr Laurence VERNEUIL et le Pr Alain BAUMELOU  est très sensée, mesurée et favorable à rechercher ce qui peut faire du bien au patient. Ce qui est très rassurant.

 

 

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